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Camelia Elias: réflexions sur le Tarot.

Camelia Elias est professeur d’études américaines à l’Université de Roskilde, au Danemark.
Ses intérêts de recherche sont dans l’étude critique, historique et analytique des mouvements ésotériques et le mysticisme.
Elle est également la présidente de la plus grande collection au monde du 20è Siècle de cartes de Tarot, la Collection K Frank Jensen, maintenant propriété de la Bibliothèque de l’Université de Roskilde.
Elle blogue sur les cartes sur son site cartomantique populaire, Taroflexions.

Mnémosyne:

Je parle Français et vous parlez Anglais et d’autres parlent Chinois ou Allemand…
Mais quel est le vrai langage du Tarot?
Est-il universel, ou existe-t-il un « Tarot-espéranto »?

Camelia Elias:

Il est facile de répondre à cette question.
Le langage du Tarot est visuel, donc il y aura des éléments dans celui-ci que nous reconnaissons tous sur un plan universel.
Nous avons tous l’idée que lorsque nous voyons deux épées ou deux bâtons qui se croisent cela signifie assez bien que le passage est bloqué ou qu’il y a un conflit dans l’image.
D’autres appelleraient cela une approche intuitive des cartes, mais autant que je puisse voir, ce n’est rien d’autre que la simple reconnaissance d’un modèle qui est évocateur de ce qui se passe: soit vous êtes libre d’aller ou de faire quelque chose, ou vous ne l’êtes pas.
Deux épées qui se croisent ne sont pas exactement une invitation à une danse, donc si nous répondons à ce message en prenant un peu de recul pour réévaluer notre stratégie, nous le faisons parce que nous reconnaissons la géométrie sous-jacente qui renseigne nos tâches quotidiennes – il y a de la pression et du relâchement, des lignes douces et dures d’action – et non pas parce que nous sommes enclins à parler une langue particulière ou un langage visuel.
Il y a seulement une différence dans les compétences, certains sont plus aptes à la lecture des repères visuels que d’autres, mais finalement, tout le monde atteint le Tarot.

D’un point de vue culturel, bien sûr, nous pouvons parler de différences d’interprétation – ce qui est un chef de file pour certains est un perdant pour les autres, le tout en fonction du contexte – mais la reconnaissance générale, fondamentale des lignes dans le Tarot est basée sur un type de raisonnement différent que le langage symbolique ou culturel.
Pour donner un exemple ici: dans la tradition classique Française de la lecture des cartes du Tarot de Marseille, nous avons l’habitude de fuir chaque fois que nous obtenons la carte du Fou (Le Mat), celle-ci indiquant folie et extravagance qui ne nous mènent nulle part.
Je ne veux certainement pas pour voir le Fou (Le Mat) à proximité de mes affaires, quelles soient sentimentales, professionnelles, ou de santé.
Inversement, si vous prenez tout autre jeu Hippie, ou un jeu d’orientation New-Age, vous rencontrerez un autre ton et une autre attitude: « quelle exubérance, quelle joie de voir le Fou (Le Mat); Oh, quelle liberté! », tout en laissant d’autres lire dans une autre tradition que la tradition ésotérique qu’ils ont croisée, et jurent tout le long du chemin à la banque.
Il est clair que, culturellement, pour certaines personnes, le Fou (Le Mat) parle une langue différente.
Mais en regardant la composition formelle de cette carte, représentant un pauvre homme marchant sans but avec ses parties intimes ballantes, nous pouvons voir que même le pire clone du Tarot de Marseille, ou du Tarot Waite-Smith aura un problème en poussant l’ordre du jour de la liberté bénéfique, pour finalement, sauf si l’objectif est de ruiner toutes vos autres relations, une fin de vos jours en haillons et souffrant de troubles mentaux, alors je ne vois pas comment nous pouvons sérieusement mettre un sens positif dans cette carte.

Je dirais ceci: bien que le Tarot parle un langage universel simple, nous, les personnes, faisons en sorte de le méconnaître.
D’où les guerres culturelles.
Mais les images seront toujours là pour nous rappeler nos propres folies.
Donc, peut-être que le langage du Tarot est un langage du souvenir, avant qu’il ne soit une langue de oraculaire et divinatoire.

Il y a un intérêt toujours croissant pour le Tarot.
Et tous les débutants se posent les mêmes questions. Premièrement: qu’est un Tarot?
Deuxièmement, comment distinguer les oracles du Tarot?
Une fois cela fait, est-il sage d’utiliser un Tarot comme un oracle et un oracle comme Tarot?
Pourrais-je, par exemple, utiliser une méthode destinée au mademoiselle Lenormand avec un Tarot?

Ici, je dirais qu’il est terriblement important de vous demander ce que vous voulez de vos cartes.
Quel travail voulez-vous qu’elles exécutent?
Toutes les cartes peuvent effectuer le travail d’être un oracle.
En principe, on peut lire avec tout.
Je peux faire une lecture avec les pots et les casseroles dans ma propre cuisine.
L’art est de savoir comment attribuer une signification à chaque article individuel dans votre collection, que ce soit des cartes de Tarot, les cartes Lenormand, ou vos pots et casseroles.
Sans méthode il n’y a pas divination.
En règle générale, quand je pense que je fais de la divination, je ne prends pas de décision consciente d’être en accord rigoureux avec un ensemble de règles dictées au hasard par quelques personnes éclairées.
Comme ma propre règle est de faire de la divination selon mon propre dieu donné du bon sens, je raconte ma propre histoire avec ce qui fait sens et ce qui ne fonctionne pas.
Alors, voici ma question standard: est-ce que ce que je dis est sensé, et est-ce que ce que je dis est le résultat de ma propre compréhension de ce que je vois se passer dans les cartes selon une méthode spécifique ou non?
Si la réponse est non, alors je révise à la fois, mon hypothèse et, si nécessaire, ma méthode.
Toujours selon le contexte, je peux lire toutes les cartes soit avec en vue la délivrance d’une déclaration prédictive, oraculaire, ou une déclaration qui aide la personne pour laquelle je lis pour comprendre pourquoi il ou elle traverse un moment difficile actuellement.
Ainsi, ce n’est pas dans les cartes que nous trouvons la réponse à cette question, mais plutôt dans l’approche que nous adoptons des cartes, qu’elles soient du Tarot ou du Lenormand.

À la lecture du « Château des destins croisés », écrit par Italo Calvino, je pense comprendre que les noms et les nombres de cartes du Tarot sont certainement un plus à considérer, ils sont un avantage et ont leur raison d’être là, mais ils ne sont pas toujours explicitement nécessaires (dans le cadre d’une lecture).
Comment expliquer cela en quelques mots?

Calvino lit les cartes de la même manière que toute personne curieuse le ferait.
Etant un écrivain, on pourrait attendre de lui d’être particulièrement enclin à observer comment les mots entrent en jeu sur un morceau de carton.
La même chose avec les nombres.
Une personne curieuse poserait tout simplement des questions quant à la correspondance possible entre cette phrase en particulier et ce nombre particulier.
Comme si brillamment démontré par Calvino, l’idée est de ne pas développer tout système de croyances basé sur la lecture ritualisée des calembours inhérents aux noms en Français sur les cartes selon un sens cosmique ou numérique présupposé, mais plutôt de rire franchement de tout cela.
Ce que Calvino dit est que regarder la carte du Monde, avec la femme qui danse à l’intérieur de la mandorle et ayant le sentiment de « oh, comme je voudrais presser ce citron (LeMon – lemon en Anglais signifiant citron) », est une idée illicite des plus intéressantes que de simplement associer la carte avec une certaine iconographie catholique, ou la pensée abstraite d’un monde qu’il nous est tout à fait improbable d’atteindre en cette période de la vie, à moins, bien sûr, que nous commencions tous à nous comporter très bien et dire oui à chaque gourou illuminé qui est survenu sur notre chemin, nous promettant le jardin d’Eden.

Vous clôturez un de vos récents posts avec  » Salut à la symétrie! Salut à la simplicité! « 
Ne serait-ce pas le vrai mot-clé pour le Tarot: la simplicité …
https://taroflexions.wordpress.com/2015/04/24/the-inverse/

Absolument.
Le Tarot est tellement simple que cela en est presque douloureux.
Comme vous le savez, la plupart des systèmes de connaissances sont construits autour de ce simple dicton, « on a rien sans rien » (« no pain, no gain ») et j’y crois moi-même.
Maintenant, alors que le Tarot est formellement mis en place très simplement, dans cette simplicité, il est également très sophistiqué.
Et pourquoi?Tout simplement parce qu’il conduit à faire cette observation: si il n’y a aucune douleur, aucune difficulté à acquérir une certaine connaissance du Tarot qui vous permette de faire des « lectures » comme un pro, c’est alors parce que cela prend quelques bonnes années de dures réflexions à ce sujet pour arriver à votre propre compréhension de ce qui se passe dans les cartes.

Cela n’est pas quelque chose qui attire la plupart des gens, prendre des années pour y arriver, qui est aussi la raison pour laquelle les maisons d’édition établies ne publient jamais rien d’autre que des introductions au Tarot.

Un grand nombre de tireurs de cartes possèdent des bibliothèques entières de livres sur le Tarot, mais très peu ont pris la peine de réellement regarder les cartes du Tarot; étudier leur simplicité afin de réaliser à quel point tout cela est sophistiqué.
Mais il ne me revient pas vraiment de juger comment les autres abordent le Tarot.
Ici, je vais simplement faire une observation du marché de l’édition sur le Tarot, où l’on trouve des hommes et des femmes d’affaires des plus astucieux et n’ayant aucun problème que ce soit à faire correspondre les besoins des gens qui veulent plus de jeux avec ce que la maison d’édition et les gens d’affaires peuvent également produire si rapidement.
Mon opinion est que nous ne vivons pas tout cela parce que le Tarot est simple en ces termes qui crient essentiellement: « Venez, vous, à la table du Tarot! Tout le monde peut l’apprendre en 10 secondes ».
Bien au contraire.
Lorsque la vraie simplicité du Tarot est bien comprise au-delà de ce que le marketing voudrait nous faire croire, alors nous serons en mesure de marcher parmi les tireurs de cartes qui sont de véritables sages, car ils seront en mesure de pointer vers nous sans effort tout ce qui nous manque.
Ils vont souligner l’évidence sans se rendre redondants ou ridicules.

Tarot de Carolus Zoya 

Les Tarots qui ne sont pas du style « de Marseille » tels, par exemple, les Tarots Princiers des Visconti-Sforza, ne semblent pas beaucoup intéresser les tarologues.
Quelle pourrait en être la raison et ne serait-il pas profitable de remédier à cet oubli?

Ici, je pense que ce dont je lutte dans ma réponse ci-dessus s’applique à cette situation aussi.
Comme il n’y a pas de marché pour les Tarot Visconti-Sforza, sans maison d’édition sérieuse élargissant son agenda et investissant beaucoup d’argent dans la publicité, il est peu probable de voir un réel intérêt à ce sujet se développer.
Comme les maisons d’édition pourchassent les écrivains qui répondent à de larges groupes de lecteurs et de leurs intérêts actuels, il est très peu probable qu’ils décident de s’étendre sur un projet majeur de publicité au nom de l’accroissement des connaissances.
La triste réalité est que ce que la plupart des gens veulent n’est pas la connaissance, et toute la douleur qu’il y a à l’acquérir.
Ce qu’ils veulent est une solution rapide et un livre de recettes intelligent.
Peu importe que le livre soit par ailleurs sans valeur, tant qu’il satisfait une faim immédiate pour le divertissement et la promesse d’un peu d’argent providentiel.
Actuellement, je ne connais pas d’écrivains qui travailleraient sur un livre de divination avec le Tarot Visconti-Sforza, tout simplement parce qu’ils auraient à tout faire « par amour » et sans aucun espoir ni pour les royalties ou la reconnaissance.
C’est le plus petit nombre qui a le temps pour le genre d’écriture qui est fait pour soi-même et l’étranger occasionnel qui pourrait tomber dessus.

Tarot Visconti (di Modrone – mi XVè Siècle).

L’utilisation du Tarot offre de belles opportunités d’emploi…
Y a-t-il véritablement des professionnels en la matière et dans l’affirmative, qu’est-ce qui permet de le dire?
Quelles qualités sont requises pour atteindre un tel but?
D’ailleurs, vous sentez-vous vous-même professionnelle des Tarots?

Voilà une bonne question.
Comme être un « lecteur de Tarot » n’a pas pour résultat d’avoir vos compétences consacrées par un établissement accrédité, il y a beaucoup de liberté dans la façon dont on pense, de ce que l’on fait, professionnellement parlant.
Ici, je voudrais dire que la marque du professionnel doit être trouvée dans sa capacité à se maintenir en faisant des lectures.
Avez-vous un flux constant de personnes venant à vous?
Est-ce qu’ils vous paient pour vos services?
Est-ce qu’ils reconnaissent vos compétences en tant que lecteur, et comment?
En parlent-ils à d’autres?
Si ils ont demandé de leur enseigner, pourriez-vous le faire sans compromettre votre intégrité en tant que lecteur qui n’est pas dans le service à la communauté seulement pour l’argent?
Si la réponse est oui à tout ce qui précède, alors vous êtes un professionnel.

Qu’est-ce qui motive votre attrait pour un jeu plutôt que pour un autre?
Peut-on expliquer, hormis une simple question de goût, ce qui fait qu’un jeu nous parlera davantage qu’un autre?
Est-ce son style, plus moderne ou plus ancien, ses couleurs, son dessin,…
J’imagine aisément qu’avec le Tarot, on peut parler de rencontre(s).

J’ai beaucoup de jeux de Tarots, mais celui que j’utilise pour mes lectures pour les autres est le Tarot de Jean Noblet.
C’est celui que je préfère parce qu’il a une certaine élégance dans ses lignes qui me plaît.
Il est également très symétrique, et je ne peux tout simplement pas vivre sans une bonne dose de symétrie dans ma vie.
Je veux un jeu qui est bien mis en place formellement, un jeu que je peux voir exhiber une certaine quantité de pensées au-delà de la simple promesse du signe du dollar éclipsant l’esprit de l’artiste.
Et puis, bien sûr, j’adore le Tarot de Carolus Zoya, tant et si bien que j’ai fini par écrire tout un livre sur la divination avec le Tarot de Marseille en utilisant ce jeu particulier.
Ce qui me plaît chez ce dernier est son excentricité, la tulipe dans la main du diable, et le fait que 8 personnages féminins dans les atouts et parmi les cartes de cour montrent leurs seins nus en pleine vue.
Parlant de nudité, j’aime généralement tous les jeux érotiques, mais pas ceux qui ne peuvent pas faire la distinction entre les différents styles de la vulgarité.
Un autre de mes préférés est le Tarot Louttre B, qui est inspiré du Marseille, mais qui en même temps a très peu à voir avec les éléments classiques que nous trouvons dans le jeu traditionnel du Marseille.
Très ingénieux.
J’acquiers certains jeux parce que j’aime l’écriture qu’il y a derrière.
Par exemple, je me sers de Shining Tribe Tarot de Rachel Pollack pour ses couleurs et son utilisation de la voix prophétique.
J’utilise aussi parfois le Tarot Waite-Smith, et je trouve le tarot Thot d’Aleister Crowley assez impitoyable.
En règle générale, cependant, je ne trouve pas que les jeux modernes correspondent à la composition exquise formelle que nous trouvons dans le Marseille.
La plupart des jeux modernes se perdent quelque part dans imagination solitaire de l’artiste d’un monde où l’artiste vit aussi tout seul.
Bien que faits pour un public, je trouve que ces jeux ont un problème en créant un espace que d’autres peuvent habiter.
Même si ils peuvent être très populaires environ un mois après leur publication, ils sont rapidement oubliés.
Cela ne me surprend pas du tout, compte tenu de la prémisse de l’expression de soi sur laquelle la plupart sont faits.
Ils ne sont pas très intéressant pour moi, pas du tout à mon goût.
J’aime mes jeux pour crier la vie, et la largesse, l’intrépidité et le courage.

Supposons qu’après des années de contemplation des cartes du Tarot, je devienne aveugle.
Terrible perspective!
Mais me priverait-elle définitivement et totalement du Tarot?
Les images du jeu danseraient toujours dans mon esprit et je pourrais, au toucher, continuer à ressentir les vibrations spécifiques de chaque carte et les identifier.
Dans la perspective d’une communion plus grande avec un Tarot, l’imprégnation d’un jeu ne serait-elle pas plus profonde en le manipulant de temps à autre les yeux fermés, en promenant nos doigts à la surface des cartes?

Je vais vous dire ceci: une fois touché par le Tarot, il n’y a pas de retour possible.

Suivez Camelia Elias sur son blog Taroflexions, riche en contenu, et sur Facebook (second compte Taroflexion).

Et si vous lisez aisément l’Anglais, procurez-vous ses ouvrages.

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Camelia Elias is a professor of American Studies at the University of Roskilde, Denmark.

Her research interests are in the critical, historical and analytical study of esoteric movements and mysticism.
She is also the president of the largest collection in the world of 20th c. Tarot cards, the K Frank Jensen Collection, owned now by the Roskilde University Library.
She blogs about cards at her popular cartomantic website, Taroflexions.

Mnemosyne:

I speak French and you speak English, and others speak Chinese or German…                                                          

But what is the true language of the Tarot?                                                                                                                      

Is it universal, or does it exist as « Tarot-Esperanto »?

Camelia Elias:

This is an easy one to answer. The language of the Tarot is a visual one, so there will be elements in it that we all recognize on a universal plane. We all get the idea that when we see two swords or batons intersecting it pretty much means that your passage is blocked or that there’s some conflict in the picture. Others would call this an intuitive approach to the cards, but as far as I can see, it really is nothing but the simple recognition of a pattern that’s suggestive of what is happening: either you’re free to go, or do something, or you’re not. Two crossing swords is not exactly an invitation to a dance, so if we respond to this message by taking a step back to reassess our strategy, we do it because we recognize the underlying geometry informing our daily dealings – there’s pressure and release, soft and hard lines of action – and not because we are prone to talking a particular language or visual idiom. There is only a difference in skills, as some are better at reading visual cues than others, but ultimately, everyone gets the Tarot.

From a cultural point of view, sure, we can talk about differences in interpretations – what is a leader for some is a loser for others, all depending on the context – but the general, fundamental recognition of the lines in the tarot is based on a different type of reasoning than the symbolic or culturally loaded one. To give an example here: In the French classical tradition of reading the Marseille cards, usually we tend to run away every time we get the card of the Fool, as this one indicates folly and extravagance that gets us nowhere. I certainly don’t want to see the Fool near any of my affairs, whether of love, work, or health. Conversely, if you take any other Hippie deck, or some deck of New Age orientation, you’ll encounter a different tone and attitude: ‘What exuberance, what joy to see the Fool, oh, such freedom’, people go, while leaving others reading in some other tradition than the esoteric one cross themselves, and curse all the way to the bank. It’s clear that, culturally, for some folks,the Fool speaks a different language. But looking at the formal composition of this card, depicting a poor man walking about aimlessly with his privates dangling, we can see that even the worst clone of the Marseille, or the Waite-Smith Tarot will have a problem pushing the beneficial freedom agenda, for ultimately, unless the aim is to ruin all your other relations, and end up your days in rags and suffering from mental disturbance, then I don’t see how we can seriously put a positive spin on this card.

I would say this: while the Tarot speaks a simple universal language, we, the people, make sure to misunderstand it. Hence the culture wars. But the images will always be there to remind us of our own follies. So, perhaps the language of the Tarot is a language of remembrance, before it is a language of the oracle and divination.

There is still a growing interest in theTarot .

And all the beginners are asking the same questions. First: what is a Tarot?

Second, how do wedistinguish the oracles from the Tarot?

Once this is done, is it wise to use a Tarot as an oracle and the oracle as a Tarot?

Could I, for example, use a method intended to Mademoiselle Lenormand with a Tarot?

Here I would say that it is awfully important to ask yourself what you want from your cards. What job do you want them to perform? All the cards can perform the job of being an oracle. In principle one can read with anything. I can read with the pots and pans in my own kitchen. The art is in knowing how to assign significance to each individual item in your collection, whether of the Tarot cards, the Lenormand cards, or your pots and pans. Without a method there’s no divination. As a general rule, when I think that I divine, then I don’t make a conscious decision to be righteous according to a set of rules dictated at random by some enlightened folks. As my own rule is to divine according to my own god given common sense, I make up my own story as to what makes sense and what doesn’t. So here’s my standard question: does it make any sense what I’m saying, and is what I’m saying the result of my own understanding of what I see happening in the cards according to a specific method or not? If the answer is no, then I revise both, my hypothesis and,if needed, my method. Depending always on the context, I can read all the cards either with view to issuing an oracular, predictive statement, or a statement that helps the person I read for understand why he or she is having a hard time right now. So, it’s not in the cards that we find the answer to this question, but rather in the approach to the cards that we adopt, be they the Tarot or the Lenormand.

On reading the « Castle of Crossed Destinies », written by Italo Calvino, I think I understand that names and numbers of tarot cards are certainly a plus to consider, they are an advantage, and have their reason for being there, but they are not always explicitly necessary (about a reading).

How to explain this in a few words?

Calvino read the cards in the same way as any curious person would. Being a writer, one would expect him to be particularly prone to observing how words enter into play on any piece of cardboard. The same with numbers. A curious person would simply ask questions as to the possible correspondence between this particular phrase and that particular number. As Calvino so brilliantly demonstrated, the idea is not to develop any system of beliefs based on ritualizing reading the inherent puns in the French names on the cards according to some presupposed cosmic or numeral meaning, but rather to have a good laugh at it all. What Calvino is saying is that looking at the card of Le Monde, with the woman dancing inside of the mandorla, and havingthe feeling of ‘oh, how I’d like to squeeze this LeMon,’ can illicit more interesting insights than merely associating the card with some Catholic iconography, or abstract thinking about a world that we are quite unlikely to reach in this life time, unless, of course, we would all start behaving very nicely and said yes to every enlightened guru that happened to come our way, promising us the garden of Eden.

You close one of your recent posts with,‘Hail symmetry! Hail simplicity!’

Would not this be the real keyword for Tarot: simplicity…

https://taroflexions.wordpress.com/2015/04/24/the-inverse/

Absolutely. The Tarot is so simple that it’s almost painful. As you know, most systems of knowledge are built around the simple dictum, ‘no pain, no gain’, and I believe in it myself. Now, while the tarot is formally put together very simply, in this very simplicity it is also sophisticated. And why? Simply because it leads to making this observation: If there’s any pain in acquiring some knowledge of the Tarot that enables you to do ‘readings’ with it like a pro, then it’s because it takes a few good years of hard thinking about it to arrive at your own understanding of what’s happening in the cards. This is not something that appeals to most folks, taking years to get there, which is also the reason why established publishing houses never publish anything other than introductions to the Tarot.

A lot of ‘readers’ own entire libraries of Tarot books, but very few have taken the pains to actually look at the Tarot cards; study their simplicity in order to realize just how sophisticated it all is. But it’s not really for me to judge how others approach the Tarot. Here I’m merely making an observation of the Tarot publishing market, where we find the clever business men and women having no trouble whatsoever in matching the needs of the people wanting more decks with what the publishing house the business folks represent can also produce ever so fast. My point is that we’re not experiencing all this because the Tarot is simple in those terms that basically shout: ‘Come, ye, to the Tarot table! Everyone can learn it in 10 seconds flat’. Quite the contrary. When the real simplicity of the tarot is properly understood beyond what the marketers would have us believe, then we will be able to walk among readers of the cards who are genuine sages, for they will be able to point to us effortlessly all that which we are missing. They will point out the obvious without making themselves redundant or ridiculed.

Carolus Zoya’s Tarot

Tarots that are not like the « Marseille » pattern as, for example, the Princely Visconti Tarots, do not seem to have the Tarot readers’ interest.

What could be the reason for that, and would it not be beneficial to remedy this omission?

Here I suspect that what I’m going against in my answer above applies to this situation too. As there is no market for the Visconti-Sforza Tarot, with no serious publishing house pushing its agenda and investing a lot of money in advertising, we are unlikely to see any real interest in it develop. As publishing houses hunt for writers who cater to large groups of readers and their current interests, it is very unlikely that they would decide to take on a major project of advertising in the name of increasing knowledge. The sad reality is that what most people want is not knowledge, and all that pain that goes into acquiring it. What they want is a snappy solution and a clever recipe book. Never mind that the book is otherwise worthless, as long as it addresses an immediate hunger for entertainment and the promise of some money heaven on the spot. Currently I know of no writers who would work on a book of divination with the Visconti-Sforza tarot, simply because they would have to do it all ‘con amore’ and without any hope for either royalties or recognition. It’s the fewest who have the time for the kind of writing that is done for oneself and the occasional stranger who might stumble over it.

Visconti (di Modrone) Tarot – mid XVth c.

Using the Tarot offers great employment opportunities…

Are there true professionals in this area and if so, what allows them to say that they are professionals? What qualities gointo achieving such a goal of being a professional? Besides, do you feel yourself a professional with the Tarots?

This is a good question. As being a Tarot reader is not the result of having had your skills consecrated by an accredited institution, there is a lot of freedom in the way one thinks of what one is doing, professionally speaking. Here I would say that the mark of the professional must be found in one’s ability to sustain oneself by doing readings. Do you have a constant flow of people come to you? Do they pay you for your services? Do they recognize your skills as a reader, and how? Do they tell others about it? If they asked you to teach it, could you do that without compromising your integrity as a reader who is not into serving the community for cash only? If the answer is yes to all of the above, then you’re a professional.

What motivates your appeal for a deck rather than another?

Can we explain, except for a simple matter of taste, what makes a deck more attractive than another?

Is it its style, modern or older, its colors, its design?

I can imagine that with the Tarot, one can speak of encounter(s).

I have many Tarot decks, but the standard I use for my readings for others is the Jean Noblet Marseille Tarot. I like this one the best because it has a certain elegance in its lines that appeals to me. This is also very symmetrical, and I simply can’t live without a good dose of symmetry in my life. I like a deck that’s well put together formally, a deck that I can see exhibits some amount of thinking beyond the mere promise of the dollar sign overshadowing the mind of the artist. And then, of course, I adore Carolus Zoya’s Marseille Tarot, so much so that I have ended up writing a whole book about divination with the Marseille Tarot using this particular deck. What I like about this one is its quirkiness, the tulip in the Devil’s hand, and the fact that 8 female characters in the trumps and among the court cards display their bare breasts in plain view. Speaking of nakedness, I generally like all erotica decks, though not those that can’t distinguish between the various styles of vulgarity. Another favorite of mine is the Louttre B tarot, which is Marseille inspired, but one that at the same time has very little to do with any classical elements we find in the traditional Marseille pack. Quite ingenious. Some decks I acquire because I like the writing behind them. For instance, I use Rachel’s Pollack’s Shining Tribe Tarot for its colors and its use of the prophetic voice. I also use the Waite-Smith tarot sometimes, and I find Aleister Crowley’s Thot Tarot quite merciless. As a general rule, however, I don’t find the modern decks matching the exquisite formal composition we find in the Marseille. Most of the modern decks get lost somewhere in the artist’s solitary imagining of a world where the artist also lives quite alone. Although made for a public, I find that these decks have a problem creating space that others can inhabit. While they can be very popular for about a month after the publication, they get quickly forgotten. This doesn’t surprise me at all, given the premise of self-expression most are made on. They are not very interesting to me, not at all falling into my taste. I like my decks to scream life, and largesse, fearlessness and fortitude.

Let’s suppose that after years of contemplation of the Tarot cards, I became blind.

Terrible perspective!

But would it deprive me permanently and totally from Tarot?

The images of the cards would still dance in my mind and I could, touching them,

continue to feel the specific vibrations of each card and identify them.

From the perspective of greater communion with Tarot, would it not be a deeper impregnation with the deck by manipulating it one time to another, eyes closed, while walking our fingers on the surface of cards?

I’ll say this: once touched by the Tarot, there’s no going back.

Follow Camelia Elias through her blog Taroflexions wich has rich contents and on Facebook (second Facebook Taroflexion‘s page).

Get also her books, right here!